Les six femmes d’Henri VIII ont connu des destins radicalement différents : deux répudiations, deux exécutions, un décès en couches et une reine survivante. La formule anglaise « divorcée, décapitée, décédée, divorcée, décapitée, survivante » résume leur sort dans l’ordre chronologique, mais elle simplifie des réalités politiques et médicales que les documents d’époque nuancent considérablement.
Catherine d’Aragon et Anne de Clèves : les deux répudiations
Catherine d’Aragon, fille d’Isabelle I de Castille et de Ferdinand II d’Aragon, épouse Henri VIII en 1509. Elle avait auparavant été mariée à Arthur Tudor, frère aîné du roi. Henri la répudie après vingt ans d’union, officiellement au motif que le mariage avec la veuve de son frère serait illégitime. La raison de fond est l’absence d’héritier mâle : leur seul enfant survivant est leur fille Marie.
Catherine refuse jusqu’à sa mort de reconnaître l’annulation. Elle s’éteint en janvier 1536, après plusieurs années de relégation dans des conditions de vie dégradées. Les chroniques mentionnent une santé déclinante, sans qu’un diagnostic précis puisse être établi à partir des sources conservées.
Anne de Clèves représente un cas différent. Ce mariage, arrangé en 1540 sur conseil de Thomas Cromwell pour des raisons diplomatiques, est annulé en quelques mois. Henri, qui ne l’avait jamais rencontrée avant les fiançailles, affirme ne pas trouver Anne à son goût.
L’annulation est conclue à l’amiable : Anne accepte la dissolution en échange d’une rente et de propriétés. Elle survit à Henri et meurt vraisemblablement d’un cancer, selon les biographies disponibles, mais aucun document contemporain ne pose de diagnostic précis.
Anne Boleyn et Catherine Howard : les deux décapitées
Anne Boleyn est la figure centrale du schisme anglican. C’est pour l’épouser qu’Henri VIII rompt avec Rome et se proclame chef de l’Église d’Angleterre. Reine de 1533 à 1536, elle donne naissance à la future Élisabeth I, mais ne parvient pas à produire un héritier mâle. En 1536, elle est arrêtée et accusée d’adultère avec plusieurs hommes de la cour, dont son propre frère George Boleyn.
Les historiens s’accordent aujourd’hui à considérer ces accusations comme fabriquées. Le procès d’Anne Boleyn est un instrument politique, non une procédure judiciaire équitable. Elle est décapitée le 19 mai 1536 à la Tour de Londres, moins de deux semaines après son arrestation.

Catherine Howard est la cinquième épouse d’Henri VIII. Les faits qui lui sont reprochés concernent en partie sa vie avant le mariage et sont plus difficiles à réfuter que les accusations portées contre Anne Boleyn. Elle est condamnée pour trahison et exécutée en février 1542.
Jane Seymour et Catherine Parr : mort en couches et survie
Jane Seymour est la troisième épouse. Elle est la seule à donner à Henri un fils viable : le futur Édouard VI, né en octobre 1537. Jane Seymour meurt douze jours après l’accouchement, après une dégradation rapide de son état. La fièvre puerpérale est l’hypothèse la plus souvent avancée, mais les sources conservées ne permettent pas de poser un diagnostic rétrospectif certain.
Henri aurait porté le deuil de Jane Seymour pendant plusieurs mois, ce qui est inhabituel pour l’époque. Son portrait figure aux côtés du roi dans plusieurs commandes officielles, même après ses mariages suivants.
- Catherine d’Aragon : répudiation après vingt ans de mariage, mort en janvier 1536 dans des conditions de relégation, cause précise inconnue.
- Anne Boleyn : décapitée le 19 mai 1536 à la Tour de Londres, accusations d’adultère considérées comme fabriquées.
- Jane Seymour : morte douze jours après la naissance d’Édouard VI en 1537, fièvre puerpérale probable mais non certifiée par les sources.
- Anne de Clèves : répudiation à l’amiable en 1540, morte vraisemblablement d’un cancer après avoir survécu à Henri.
- Catherine Howard : exécutée en février 1542, accusations portant sur des relations avant et pendant le mariage.
- Catherine Parr : survit à Henri, meurt en 1548 quelques mois après la mort du roi, six jours après son accouchement.
Catherine Parr est la sixième et dernière épouse. Deux fois veuve avant d’épouser Henri, elle joue un rôle actif dans l’éducation des enfants royaux et dans le rapprochement du roi avec ses filles Marie et Élisabeth. Elle survit à Henri, qui meurt en janvier 1547, et se remarie avec Thomas Seymour.
Elle meurt en 1548, six jours après avoir accouché. Sa dame d’honneur Elizabeth Tyrwhit laisse un témoignage selon lequel Catherine, à l’agonie, aurait accusé Thomas Seymour de précipiter sa mort. L’hypothèse d’une fièvre puerpérale a été formulée ultérieurement ; le récit disponible ne suffit pas à trancher entre les interprétations médicales et les tensions conjugales que ce témoignage laisse entrevoir.
Ce que les sources d’époque permettent – et ne permettent pas – de conclure
Les chroniques tudor ne sont pas des dossiers médicaux. Elles enregistrent les faits politiques, mariages, annulations, procès, exécutions, avec plus de précision que les causes de décès. Pour les morts naturelles, les formulations restent vagues : « fièvre », « maladie », « déclin ». Les diagnostics rétrospectifs sont des hypothèses d’historiens, pas des certitudes documentaires.
Les deux exécutions sont en revanche les mieux documentées, précisément parce qu’elles constituent des actes de pouvoir officiels : actes d’accusation, procès, verdicts, récits de l’exécution. C’est une ironie de l’archive : les morts les plus violentes sont les mieux tracées, tandis que les décès en couches restent dans l’ombre des formules lapidaires.
Henri VIII meurt en janvier 1547 sans avoir résolu le problème de succession qui avait gouverné toute sa vie matrimoniale.

